UNE MERVEILLE DU PARIS MODERNE

« Les Arcades sont la première manifestation complète de cette orientation vers le haut commerce de luxe de l’avenue » : Léonard Rosenthal salue par ces mots l’entreprise dont il se fait le promoteur en 1925, lorsqu’il lance les travaux pour la construction sur les Champs-Élysées d’un passage couvert qui se veut l’expression la plus riche et précieuse du luxe parisien.

Devambez est le correspondant naturel pour traduire, sur des pages aux grandes illustrations et aquarelles Art déco de Lauro, Orazi et Serres, l’histoire de ce lieu mirifique issu d’une intuition prophétique au cœur même de son gigantisme.

Marchand de perles à la vie rocambolesque, voyageur inlassable au talent commercial international, Rosenthal crée, dans les années 1920, la Société des grands immeubles afin de rénover et de développer l’habitat et les commerces des Champs-Élysées, où, depuis le début du siècle, viennent de s’installer les vitrines étincelantes de Guerlain et de Louis Vuitton. C’est en 1924 qu’il acquiert l’hôtel particulier « somptueux et ridicule » de Georges Dufayel, fondateur des Grands Magasins Dufayel.

L’année suivante, il confie à l’architecte Charles Lefebvre la conception de cette « oasis luxueuse […] qu’il faut au négoce élégant pour déclencher aux Champs-Élysées l’essor commercial inscrit dans ses destinées ». Rosenthal, homme aux multiples talents, consacre des livres à sa passion pour les perles et l’architecture commerciale, et s’entoure d’hommes de culture. Sa petite-nièce raconte qu’à l’époque de sa fortune « il tenait le haut du pavé parisien, tutoyait Jean Perrin, l’homme de sciences, recevait Paul Painlevé et avait des conversations parfois coléreuses avec Anatole France ».

Le passage dont il est le premier concepteur est inauguré l’année suivante : c’est un triomphe néoclassique de décors, de lumières et de bouquets de fleurs. De grandes colonnes en marbre rouge surmontées de chapiteaux dorés soutiennent un plafond vitré élevé, les fontaines en verre de Lalique « gargouillent entre les parterres à l’orientale qui dessinent sur le sol des arabesques fleuries ». Au centre de la galerie, qui héberge plusieurs centaines d’appartements et de commerces, une terrasse de café accueille l’estrade pour un orchestre.

Trois ans après, le Lido, aménagé en sous-sol, offre au visiteur une piscine chauffée, un dancing, un institut de beauté, un salon de coiffure, un bar, 125 cabines, un hammam. Le Lido devient le cadre d’exception de mémorables soirées vénitiennes où toute la jeunesse dorée se donne rendez-vous.

Léonard Rosenthal, Alfred Détrez, Une merveille du Paris moderne : Les Arcades des Champs-Élysées, Paris, Devambez, 1927