TOUTE LA BOHÈME DE MONTMARTRE

« Ce sont des visions de Montmartre, des effigies des héros et des habitués de cette région parisienne d’un caractère si particulier que les exposants nous présentent, ce sont aussi des aspects du Boulevard et des boulevards brossés dans l’émoi d’une curiosité, dans l’attrait d’une silhouette d’élégance, d’un geste charmeur, que nous retrouvons perpétués par le pastel ou par le crayon. »

L’exposition qui est inaugurée le 17 mars 1911 à la galerie Devambez saisit bien le contraste entre le caractère « si particulier » des alentours de la Butte et la frénésie moderne des boulevards qui la relient, en même temps qu’ils la séparent, du reste de la ville.

Le Montmartre des années 10 est le cadre presque champêtre du mythique Bateau-Lavoir, où logent et se retrouvent Pablo Picasso, Max Jacob, André Salmon, Juan Gris, Guillaume Apollinaire, Georges Braque, Kees Van Dongen et Pierre Mac Orlan, qui publie pour Devambez, en 1932, La Croix, l’ancre et la grenade, cinq contes.

Ce même Mac Orlan rédige en 1927 la préface du catalogue des éditions de la Roseraie, la maison d’édition avec laquelle collabore Édouard Chimot, avant d’atteindre sa consécration dans les années 20 comme directeur artistique des éditions d’art Devambez.

Pour Devambez, Chimot dirige la publication d’une trentaine d’ouvrages à tirage strictement limité, illustrés par les dessins originaux des plus grands dessinateurs de l’époque, Pierre Brissaud, Drian, Foujita et le même Chimot, entre autres.

Le Montmartre des années 10 c’est certes le berceau de l’art moderne, mais c’est aussi le vignoble qui longe le Lapin Agile, « le plus ancien cabaret artistique de Paris », racheté par Aristide Bruant en 1913 quand « ce coin du vieux Paris » n’était pas à confondre, comme le dit Roland Dorgelès dans Le Château des brouillards, avec « le Montmartre d’en bas, celui des boîtes de nuit et des coiffeurs pour dames ».

Le Lapin Agile devient rapidement, grâce aussi à son propriétaire Frédé – sorte de Robinson Crusoé toujours accompagné de son légendaire âne Lolo –, « une véritable institution culturelle » pour la bohème de Montmartre : Mac Orlan va souvent y chanter, Apollinaire y lit des poèmes d’Alcools, Picasso y peint des portraits, Francis Carco et Pierre Louÿs y passent leurs soirées.

Les œuvres exposées en 1911 chez Devambez saisissent à la perfection cette dynamique où passé et présent se rencontrent, où l’avant-gardisme des idées trouve son lieu d’élection dans le « village montmartrois », à deux pas de la frénésie bouillonnante des premières voitures des boulevards.

Montmartre et le Boulevard, exposition de peintures, pastels, aquarelles, dessins, gravures, sculptures, catalogue de l’exposition, galerie Devambez, 17-31 mars 1911, Paris, Devambez, 1911

Pierre Louÿs, Les Chansons de Bilitis, 12 eaux-fortes originales d’Édouard Chimot, Paris, Éditions d’art Devambez, 1925

Pierre Louÿs, Les Poésies de Méléagre, 15 eaux-fortes originales en couleurs d’Édouard Chimot, Paris, Éditions d’art Devambez, 1926

Pierre Louÿs, La Femme et le Pantin, 16 eaux-fortes originales en couleurs d’Édouard Chimot, Paris, Éditions d’art Devambez, 1928

Pierre Mac Orlan, La Croix, l’ancre et la grenade, cinq contes, illustrations de Lucien Boucher, Paris, Devambez, 1932

Maurice Magre, Les Belles de nuit, 18 eaux-fortes originales d’Édouard Chimot, Paris, Éditions d’art Devambez, 1927

Paul Verlaine, Parallèlement, 23 eaux-fortes d’Édouard Chimot, Paris, Éditions d’art Devambez, 1931