1840 : DEUX JEUNES LIONS À LA TERRASSE DU TORTONI

Le café Tortoni est le cadre d’exception où se retrouve, au XIXe siècle, toute la société parisienne la plus exquise. Ces « élégants parisiens », qu’on commence à appeler, à la manière londonienne, dandys et, dans le quartier, tortonistes, se rassemblent au croisement de la rue Taitbout et du boulevard des Italiens.

« Ces jeunes gens, piqués d’élégance, s’efforcèrent d’imiter, sinon quant à leurs habits, tout au moins quant à leurs manières », Brummell « le Beau » et le comte d’Orsay, tenants indiscutés du « sceptre de la mode ».

Honoré de Balzac, dans La Comédie du diable, et Marcel Proust décrivent le café. C’est au Tortoni que Swann se rend deux fois dans l’espoir de rencontrer sa bien-aimée Odette, dans Un amour de Swann.
« Swann se fit conduire dans les derniers restaurants ; c’est la seule hypothèse du bonheur qu’il avait envisagée avec calme ; il ne cachait plus maintenant son agitation, le prix qu’il attachait à cette rencontre […]. Il poussa jusqu’à la Maison Dorée, entra deux fois chez Tortoni et, sans l’avoir vue davantage, venait de ressortir du Café Anglais, marchant à grands pas, l’air hagard, pour rejoindre sa voiture qui l’attendait au coin du boulevard des Italiens, quand il heurta une personne qui venait en sens contraire : c’était Odette. »

Le marquis du Hallay, « fameux duelliste », le poète Alfred de Musset, dont Devambez publie La Nuit vénitienne (1929), l’écrivain Eugène Sue, lord Henry Seymour et Jules Barbey d’Aurevilly, auteur de Du dandysme et de George Brummell, quant à eux, le fréquentent assidûment.

Devambez fournit un portrait du climat de l’époque par l’illustration de deux jeunes lions à la terrasse du célèbre café.

Jacques Boulenger, Le Chic et les Dandys, Paris, Devambez, 1909

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