NOS PARISIENNES DANSENT LE TANGO À LA PARISIENNE

« Habit carré, jabot de mousseline, cravate blanche à longs bouts, culotte courte et bas de soie noire, souliers à boucles, perruque à bourse et à frimas, le diamant au doigt, la pochette en main. »

George Sand nous introduit ainsi aux cours de danse donnés au couvent des Anglaises par M. Abraham, l’homme « le plus poli, le plus solennel, le plus convenable du monde ».

« Ex-professeur de grâces de Marie-Antoinette », Abraham apprenait aux jeunes des années de la Restauration les entrées, les révérences et les sorties « protocolaires » pour se présenter aux yeux d’un roi ou d’une reine, mais aussi face à la princesse, la duchesse, la marquise, la comtesse, « dans la mesure de respect et d’empressement réservée à sa qualité ».

De la walse au tango. La danse mondaine du Ier Empire à nos jours retrace les évolutions des « danses en société » et des occasions mondaines qui en étaient le théâtre : des valses du dernier grand bal de l’Empire chez la reine Hortense d’avril 1813, jusqu’au flamenco et au tango, danse « admirable, incomparable de rythme, de sobriété et d’expression, malheureusement d’une indécence remarquable », qui débarque à Paris au début du xxe siècle.

Sans oublier « l’épidémie » de la polka, amenée à Paris de Prague par le « maître à danser » Cellarius pendant les années de Louis Philippe ; l’émergence du cake-walk qui, dans la même période, « fit la joie de Paris pendant une ou deux saisons, révolutionnant Montmartre et les restaurants de nuit » ; mais aussi les plus récents pas américains – foxtrot, double boston, one-step – infiniment plus faciles, mais aussi moins caractéristiques.

Chaque danse a ses règles et ses secrets de distinction, chacune est l’expression d’un mode de vie et d’une idée précise de raffinement. Dans son Traité pratique de la danse, M. Ajas de l’Opéra confirme par exemple que « la conversation est permise pendant la danse, mais elle ne doit pas dépasser les limites de la bienséance ni devenir trop intime ».

Cet ouvrage publié par Devambez en 1920 est signé par Jacques Boulenger, journaliste, critique littéraire spécialiste de Rabelais mais aussi du dandysme, et protagoniste, en 1930, d’un des derniers duels que Paris ait connus.

« Toujours élégant, toujours sportif et toujours jeune », Boulenger fait partie de ce groupe d’intellectuels raffinés qui, dans les années 20, font la renommée de Devambez comme « éditeur d’élégances » : « Nous nous étions fait dans notre petit groupe une sorte d’idéal d’humanisme élégant, de « dandysme » cultivé ; on se retrouvait au bar, et il ne s’agissait pas d’ignorer plus la mode des chapeaux de femmes que les hypothèses sur l’auteur des miniatures des Heures du duc de Berry. »

Jacques Boulenger, De la walse au tango. La danse mondaine du Ier Empire à nos jours, illustrations de Guy Arnoux, Sem, Domergue, Halouze, Drian, Cappiello, À l’enseigne du Masque d’Or, Paris, Devambez, 1920