GOYARD AUX UFFIZI DE FLORENCE

En novembre 2012, les Uffizi, la plus somptueuse des bibliothèques italiennes, ouvrent leurs portes au raffinement parisien en accueillant le livre d’art Goyard, malletier, maison fondée en 1792.

L’ouvrage trouve sa place parmi les 76 000 livres anciens et modernes, tous rares, conservés dans l’écrin précieux du salon Magliabechiano, du nom du premier bibliothécaire, Antonio Magliabechi, lecteur avide dont les centres d’intérêt multiples avaient attiré les suspects de l’Inquisition.

Établi comme théâtre au xvie siècle – le Teatrino della Baldracca – et transformé en bibliothèque en 1747, le salon est un triomphe de boiseries et de reliures en cuir niché au cœur de la perle la plus précieuse de Florence, les Uffizi. Dans ce trésor caché, véritable îlot de silence à l’abri de l’enthousiasme touristique, le temps semble s’être arrêté. Chaque ouvrage est le chapitre d’une histoire faite de pages uniques, dont la valeur dépasse les modes et le caprice des jours.

Berceau de l’art de la pelleterie depuis le xiiie siècle, Fiorenza est la patrie d’élection de l’humanisme de la Renaissance mais aussi de la plus haute histoire de l’artisanat du cuir.

La tradition italienne rencontre donc avec cet ouvrage le raffinement tout parisien de Goyard. Comme lorsqu’en 1906 Victor le Renard salue la médaille d’or remportée par la maison à l’Exposition universelle de Milan : « Les articles français ont encore la préférence sur tous les rapports de finis et de goûts. »

Parmi les exemplaires les plus rares de la bibliophilie italienne – l’édition originale de Le Vite de Vasari n’en est qu’un exemple –, l’ouvrage Goyard renoue avec la plus haute tradition de la maison Devambez : l’idée du luxe comme anachronisme contemporain, le passé comme moteur immobile du présent.

Pierre Tzenkoff, Goyard, malletier, maison fondée en 1792, Paris, Devambez, 2010