ALMANACH DU MASQUE D’OR, 1922

« Une mélopée nostalgique qui monte lentement, puis s’élargit, et s’étend comme l’orage qui gronde et éclate soudain » : 1922, c’est l’année du jazz et du music-hall américain. Mais aussi celle des extravagances avant-gardistes, du futurisme et de Dada, de la musique expérimentale où « les bruits remplacent le son […] et l’harmonie cède le pas à la dissonance ».

La « philosophie des modes de l’an 1922 » répond à cette fièvre dansante par la nouvelle vague des plumes, des lignes souples et dégagées, des chignons et des châles style andalou, des triomphes de « crinolines chimériques » que Mistinguett va imposer au faubourg Saint-Honoré.

Le souvenir des années de guerre s’éloigne imperceptiblement, le Louvre rouvre ses salles de peintures et les grandes expositions du printemps reprennent, Vermeer et l’école hollandaise triomphant au Jeu de Paume, Fragonard aux Arts Décoratifs. Les soirées de charité offertes par la belle société se transforment en bals somptueux ; le roi et la reine du Portugal sont reçus par des fastes inouïs dans l’hôtel particulier de la rue de Varenne du duc de Doudeauville. La duchesse d’Uzès annonce une nouvelle nuit persane à Bagatelle, à laquelle les nouvelles Shéhérazade accourent vêtues de tuniques de ville Rubinstein. Les Forces éternelles de la comtesse de Noailles sont éditées, tandis que Marcel Proust continue la publication de sa Recherche, où « la vérité de la Nature » se déploie plus loin que les apparences, dans la vérité de sa propre sensibilité.

L’Almanach publié par Devambez en 1922 poursuit la philosophie d’élégance et de raffinement éditoriale de la première édition, encore une fois par un tirage limité et par une mise en pages soignée dans les moindres détails. Les articles sont scandés par les illustrations d’Édouard Halouze, qui signe chaque titre et chaque adresse de ce deuxième numéro du « petit guide de la vie élégante » par un usage magistral du noir et blanc et de la silhouette.

Almanach du Masque d’Or, 1922, deuxième année, Devambez, Au Masque d’Or, Paris, 1922