AUGUSTE RODIN : LA PERFECTION SECRÈTE DU NON FINI

« Tout Paris y défile depuis des jours. » Gil Blas annonce ainsi l’exposition de 144 dessins érotiques de Rodin inaugurée le 19 octobre 1908 à la galerie Devambez. Les croquis sulfureux et les aquarelles aux traits rapides qui animent les salons sont autant d’instantanés, des « lectures de mouvements à première vue », où le corps féminin saisit, comme l’exprime Louis Vauxcelles, le défi de « cueillir la vie au vol ».

Au travers de cette exposition audacieuse pour l’époque, Devambez a su présenter, le premier, la perfection secrète et l’équilibre caché de ces dessins non finis, où chaque trait incomplet annonce l’émotion de la vie.

C’est l’écrivain Rainer Maria Rilke qui témoigne du lyrisme des dessins du maître, lorsqu’il lui écrit, de retour d’une visite à l’exposition : « Comme tout est logique dans votre Œuvre ! […] Et comme tous ces êtres se précisent infiniment dans un instant d’éternité et se tiennent dans un équilibre céleste entre les musiques et la géométrie où il y avait encore (car les espaces sont immenses) un chaos à rythmer. ».

Au centre de l’exposition, une nouvelle sculpture, Ève et le serpent : un seul bloc de marbre qui est la synthèse du mouvement et le moteur immobile de la vie dans ses métamorphoses sans cesse changeantes.

Exposition de dessins d’Auguste Rodin, catalogue d’exposition, galerie Devambez, Paris, 19 octobre-5 novembre 1908, Devambez, Paris, 1908